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name: Le gel et la rusticité
heading: Ce que le gel fait aux fruitiers, en janvier et en avril
title: "Gel et rusticité : protéger son jardin dans l'Yonne"
metaDescription: >-
  Comprendre la rusticité, éviter les gelées tardives sur les fruitiers, choisir
  les bons emplacements. Le point de vue d'une pépinière de Bourgogne.
socialTitle: Pourquoi une gelée d'avril fait plus de dégâts qu'une nuit à moins quinze
intro: >-
  En 2021, une nuit de la mi-avril a grillé la floraison de la moitié des
  pommiers du secteur. Il n'y a pas eu de pommes cette année-là, et les mêmes
  arbres avaient traversé le mois de janvier sans qu'on s'inquiète une seconde
  pour eux. Toute la question du gel chez nous tient dans cet écart.
season: winter
publishedAt: '2027-01-14'
plants: [pomme-calville-blanc, pomme-belle-de-boskoop, poire-beurre-hardy, laurier-sauce, romarin-rampant, hellebore]
categories: [fruitiers, aromatiques-vivaces, vivaces-et-graminees]
services: [conseil-et-plan-de-plantation, creation-de-verger]
image: le-gel-et-la-rusticite
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## Qu'est-ce que la rusticité d'une plante

La rusticité, c'est la température minimale qu'une plante supporte en pleine
terre, en dormance, sans être détruite. Un laurier-sauce tient autour de moins
douze, un romarin rampant vers moins dix, un pommier bien au-delà de moins vingt.
L'hellébore, lui, fleurit pendant que tout le reste attend, et le gel ne lui
fait rien du tout. C'est
noté sur l'étiquette et c'est exact.

C'est aussi très incomplet. Une plante annoncée pour moins quinze degrés meurt à
moins huit si ses racines baignent depuis deux mois dans une terre détrempée,
parce qu'à ce moment-là ce n'est plus le froid qui la tue mais le pourrissement.
Une bonne partie de ce qu'on nous rapporte comme des dégâts de gel, dans nos
sols argilo-calcaires, sont des noyades d'hiver. Le propriétaire vient avec un
romarin brun et une photo, et la première question porte sur le drainage.

Le drainage, donc, mais aussi le vent d'est, qui dessèche autant qu'il
refroidit, et l'âge de la plante. Un sujet installé depuis quatre ans passe un
hiver qu'un plant de l'automne précédent ne passe pas.

## Le climat de l'Yonne et de la Puisaye

Du continental bourguignon, sans nuance. Des nuits sous zéro régulièrement de
décembre à février, des épisodes à moins dix ou moins quinze qui reviennent sans
que personne ne s'en étonne, des amplitudes fortes entre l'après-midi et la nuit,
et ce vent d'est sec en janvier qui rend les journées d'arrachage désagréables.

Rien de méditerranéen. Il faut y penser quand on lit des conseils de jardinage
écrits ailleurs, ou quand on rentre d'un week-end dans le Sud avec une idée en
tête. Ce qui pousse sans souci du côté d'Avignon ne passe pas forcément un
février de Puisaye, et on ne s'en aperçoit qu'au bout de deux ou trois hivers.

Le relief compte énormément, à l'échelle d'une parcelle. L'air froid est lourd :
il coule le long des pentes, s'accumule dans les creux et s'arrête derrière les
obstacles. Un verger installé en bas d'une pente gèle plus souvent, et plus
fort, qu'un verger à mi-pente cent mètres plus haut. C'est le facteur le plus
déterminant du jardin, et c'est celui dont on parle le moins.

## Les gelées tardives sur les fruitiers

Un fruitier en dormance est presque indestructible par le froid. Un fruitier en
fleur ne l'est plus du tout. Une fleur de pommier ouverte est détruite autour de
moins deux degrés, un jeune fruit noué encore plus facilement. Il suffit d'une
nuit, et la nuit en question est souvent claire, calme et magnifique.

Nos printemps enchaînent volontiers une semaine de douceur en mars, qui lance la
floraison, et un retour de froid trois semaines plus tard. Les Saints de glace,
du 11 au 13 mai, marquent la fin statistique du risque, pas son début : c'est
une erreur de lecture qu'on entend souvent. Les abricotiers, les pêchers, les
amandiers, les pruniers et les cerisiers fleurissent tôt et prennent tout. Les
pommiers, qui attendent la fin avril et parfois le début mai, s'en sortent
beaucoup plus souvent.

C'est la raison pour laquelle une variété à floraison tardive vaut mieux ici
qu'une variété précoce, même si elle donne quinze jours plus tard. Un Calville
blanc ou une Belle de Boskoop passent les printemps difficiles bien mieux qu'un
abricotier, et le poirier Beurré Hardy s'en tire correctement pour un poirier. Une récolte
décalée vaut mieux qu'une récolte perdue une année sur trois. Quand quelqu'un
nous demande un abricotier pour un fond de vallon, on le dit franchement avant
de le vendre.

## Comment protéger un arbre d'une gelée de printemps

Ce qui protège vraiment, c'est l'emplacement et le choix de la variété. Le
reste se rattrape à la marge.

Sur un jeune arbre ou un fruitier palissé, un voile d'hivernage jeté le soir
d'une nuit annoncée claire, et descendu jusqu'au sol pour garder la chaleur qui
monte de la terre, gagne un à deux degrés. Un à deux degrés, dans ces nuits-là,
c'est exactement l'écart entre une récolte et rien. Retirez-le le matin, sinon
vous cuisez l'arbre au premier soleil et vous empêchez les abeilles de
travailler pendant les quelques heures où elles peuvent.

Une chose à savoir, qui surprend toujours : le dégât se produit surtout au dégel
rapide, quand le soleil du matin frappe des fleurs encore prises. Un arbre placé
à l'ombre du matin, contre un mur exposé à l'ouest plutôt qu'à l'est, dégèle
lentement et perd moins.

Évitez enfin de planter vos fruitiers les plus précoces en bas de pente ou dans
une cuvette. Et méfiez-vous d'une haie dense ou d'un muret posé en travers d'une
pente : ils barrent l'écoulement de l'air froid et fabriquent une poche de gel
juste au-dessus, exactement là où vous aviez mis le cerisier.

## Protéger les plantes en pot du gel

Une plante en pot subit un froid sans commune mesure avec ce qu'elle subirait au
jardin, parce que la motte gèle en entier, racines comprises, alors qu'une terre
de jardin ne gèle qu'en surface. Un romarin rampant ou un laurier-sauce parfaitement rustiques
ici en pleine terre meurent en pot au premier épisode ordinaire, et on met
souvent l'échec sur le compte de la plante.

Regroupez les pots contre un mur de la maison, isolez-les du sol sur une planche
ou une plaque de polystyrène, entourez le pot lui-même d'un voile ou d'un
carton, et laissez le feuillage à l'air libre. Et arrêtez d'arroser : un
substrat gorgé d'eau gèle plus vite, et il fait éclater les poteries en une
nuit.

## Les pertes les plus fréquentes dans le secteur

Chaque printemps, les mêmes histoires reviennent au comptoir. Une plantation de
l'automne que le gel-dégel a déchaussée et que personne n'est allé retasser. Un
persistant installé en fond de cuvette humide. Un sujet acheté en jardinerie
sans que personne n'ait prononcé le mot drainage. Et les fleurs de pruniers,
qui partent une année sur trois quoi qu'on fasse dans certains endroits.

Sauf pour les pruniers, tout cela se décide le jour où l'on choisit
l'emplacement.

## Dites-nous où se trouve votre terrain

La rusticité se lit sur une étiquette, la tenue d'une plante chez vous se juge
sur le terrain. Passez avec la description de votre parcelle, l'exposition, la
pente et l'endroit où l'eau stagne en janvier. Nous produisons ici, en plein
air, sur les mêmes argiles et sous les mêmes nuits d'avril : ce qui sort de nos
rangs a déjà encaissé ce que votre jardin va lui demander. Pour un verger, nous
nous déplaçons repérer les zones froides avant de choisir les variétés et les
emplacements. Ça coûte une visite, et ça évite de replanter dix ans plus tard.
